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| ©Anne Mulpas-2012 |
Pour
la mort, pour ton projet, oui, j'en pense quelque chose. Si je meurs, j'm'en
fiche un peu. Y a rien après. Si on me donne le choix, par contre, je veux bien
vivre longtemps. J'espère.
La
mort, au début, j'avais super peur. Et puis je me suis réveillé un matin et
j'me suis dit : "Ben oui, au fait, c'est pas la peine." Pas la peine
d'avoir peur. Pour moi, la mort, c'était apparenté à la souffrance. On meurt,
on souffre. Ceux qui vivent souffrent aussi. Ma grand-mère a souffert beaucoup
à la mort de sa soeur. Je me souviens, quand ma grand-tante est morte, on
allait voir son mari. Je me demandais où elle était et puis je me disais :
"Ah oui, c'est vrai. Elle n'est plus là."
C'est
là que je me suis rendu compte que j'avais peur, qu'on pouvait mourir partout,
n'importe quand. Un poteau, un chien enragé... La peur arrivait, elle aussi,
n'importe quand. Surtout après avoir traversé la route. J'avais une boule dans
la gorge qui prenait beaucoup de place. Dans la maison de Sept Sceaux, j'avais
peur aussi de m'endormir. J'avais l'impression qu'il y avait quelqu'un sous le
lit. Je ne pouvais pas dormir sur le dos, ni sur le ventre. J'avais peur de
recevoir des coups de couteaux. Maintenant, c'est bien : y a pas de place sous
mon lit ! Je ne risque rien. Tout ça, c'est parti.
Avec
la boule, les mots sortaient moins bien, forcément. Et puis, c'est parti. La
boule est partie. Je ne suis pas fier, juste content.
Je
crois qu'on est plus fort après ça.
Les
morts, ce sont des tableaux. Chez ma grand-mère, mon tonton est partout, même
dans ma chambre. Sa maison a beaucoup changé, mais les tableaux sont toujours
là. Ils ne bougent jamais. C'est comme pour mon tonton, il ne peut plus bouger,
mais il est toujours là.
La
vie, c'est un coup de sang, je veux dire, un coup de chance. Mon père et ma
mère par exemple. Mon père est parti quelques mois après ma naissance. A
quelques mois près, j'étais pas là.
Pour
la vie, je prends la couleur orange. C'est une couleur vivante. Oui. Orange. Je
ne prête aucune attention aux couleurs primaires. Dans la vie, les adultes, ils
essaient de faire au mieux. Si je les notais ? Voyons... Je leur mettrai
13,71/20.
J'aime
bien ma vie. Mes jouets, mon petit frère.
Le
collège ? C'est pas la vie. Y a pas la vie au collège. C'est fermé, même si
c'est lié. Dans la salle, t'es protégé mais pas dans la cour. Dans la cour,
t'as les insultes, les plus forts. Les insultes, c'est gratuit, c'est pour
renforcer sa puissance. Ça remplace le coup de poing. T'as des groupes et c'est
un peu comme le Roi et ses paysans. Moi, ça va. Je suis avec Simon et Raphaël.
Ça va. On est tous les trois.
Plus
tard ?
Plus
tard, ce sera peut-être la physique, la chimie. Mais pas prof. J'ai pas envie
d'apprendre aux autres, je veux apprendre pour moi-même. Je veux chercher et
découvrir.
On
peut s'arrêter là.
Oui, j'attendrai, pas de problème. Je suis sûr que ce sera
très bien.