samedi 21 avril 2012

à Marie-Jo Bonnet et Isabelle Pernet



Georgia O'Keeffe - Pelvis with moon - 1943



Etrange journée. Etrange période. Héraclite.
Hier, aujourd'hui, demain.
Les jours semblent dire la même chose et pourtant, au bain des émotions, ce n'est pas le même fleuve, bien sûr. Immortel et mortel. Je réécris ce qui fut et perdure. Tente d'embrasser la circonférence insaisissable du souvenir. La cible chante.
Deux femmes, jeudi 19 avril, reçoivent mes larmes. Leur rire me réchoupille. Oui, réchoupille dit le verbe d'enfance.
Je suis assise à une petite table de la Fourmi ailée dans le 5e, me tiens au même instant dans une chambre d'hôpital à Epernay.
Ton sang me revigore, Isabelle.
Marie-Jo, tes yeux m'offrent la vue.
Immortelles et mortelles.
Je laisse trace pour l'amour qui accepte la colère, la honte. Qui mouche le nez qui coule, torche le verbe crasseux. Nourrit l'à venir.
Pour l'éclair qui traverse le ciel de l'instant et lui rappelle qu'il vibre, qu'il vit.
Pour le bordel lui même. Le fric, les élections, les éditeurs.
Immortelles, elles disent : sois heureuse.
Et j'y suis.

à Paris, le 20 avril 2012

vendredi 20 avril 2012

Médiapart 2012




A minuit, il faudra se taire mais pas cesser de réfléchir et de combattre.

Un lien : Ils ont tenu tête à Sarkozy

Plus qu'une émission, c'est un long plan séquence de ce quinquennat mortifère
que nous avons subi. C'est aussi un temps précieux de rencontres humaines.
Un véritable espace de liberté qui invite à penser demain.

Ne lâchons rien !
;)

jeudi 5 avril 2012

Mordicus

bien vivante
l'empreinte se souvient
et porte ses promesses

EnnaSaplum©AnneMulpas-2010

Jean-Michel Fondeur - Ingénieur en agriculture / Haute-Marne




La mort, la mort, la mort.  J'en parle jamais.
C'est un étrange mélange de souvenirs et de questions. L'enfance liée à la terre, les grands-parents qui ne sont plus là. Pour le boulot, je regarde les avis de décès. Je suis en relation directe avec les gens. Je me tiens au courant de ce qui les touche de près. Instant posé et le cycle des jours.
Est-ce que j'ai peur de vivre ? Non.
Mais je n'hypothèque pas la vie. Je ne suis pas un aventurier. Je ne suis pas kamikaze. J'essaie d'éviter le danger, l'irrationnel. Les conduites à risques. Je ne suis pas inconscient.
Je me souviens de l'instit' qui nous lisait "les morts du week-end" chaque lundi, ça m'a marqué. Je ne suis donc jamais rentré bourré. Les accidents liés à l'alcool, à la drogue, ça me déglingue. On est soit disant évolués. Dans ces cas-là, tolérance zéro. Tu prends le volant, faut assumer.
La mort, la mort, la mort.  J'en parle jamais.
La nature ne triche pas. Tu ne peux pas lutter. Moi, je conseille. J'essaie de faire au mieux. Il y a toujours une part de "on ne saura jamais". On subit le temps, on s'organise. Ça ne sert à rien de lutter. D'une récolte à une autre, tout est toujours entre la vie et la mort, le temps de la gestation, celui de la récolte. Entre la répétition des cycles et l'imprévu. La vérité d'une année devient inepte l'année suivante. Il faut jongler entre expérience et incertitude. Mon métier accompagne la vie. Je suis dans le stockable. Travailler avec des animaux qu'on mène à l'abattoir, j'aurais pas pu. Parce qu'ils ont une conscience, qu'on s'y attache et que les mener vers la mort, non, j'aurais pas pu. Je peux te parler de la beauté du blé, de l'orge expressif mais c'est quand même pas pareil ! J'ai toujours en mémoire les chats que nous avons eus et qui sont morts ou qui ont disparu. L'attachement et la perte de ce qui est fragile, vibrant. Non, j'ai choisi la terre, faire au mieux chaque jour avec ce qui pousse, ce qui est concret et malgré tout un peu plus distant.
Est-ce que j'ai peur de mourir ? Non.
Mais je ne vis pas à crédit. Je n'aime pas être pris au dépourvu. Je fais face ici et maintenant. Je ne veux pas souffrir d'indécision.
La mort, la mort, la mort. 
Je ne suis pas croyant mais le mystère m'intéresse. J'ai un petit doute. J'espère une réponse au moment de ma mort. Oui, une réponse à ce moment-là, ce serait bien. La réponse quelle qu'elle soit, ce serait le Graal. - Nourriture miraculeuse qui se renouvelle chaque jour - Je ne rêve pas d'une vie éternelle. Une vie éternelle, pour en faire quoi d'ailleurs ? Ce que j'imagine ? Du côté de la vie, une explosion de couleurs. Un feu d'artifice comme une immense fleur jaune, épanouie et puis un rideau qui tombe. Le noir. Sans savoir de quel côté je suis. Je ne nie pas l'inquiétude. Pour celui qui reste, l'inquiétude. Oui, le devenir de celui qui reste est une inquiétude. On peut, comme mon grand-père, préparer sa pierre tombale de son vivant mais le temps n'aide pas. 
C'est toujours aussi traumatisant, aussi douloureux. Ceux qui partent, ceux qui restent. 
On ne devient pas plus sage, ni plus averti.
La mort. Mes parents sont âgés, faudrait sans doute qu'on en parle.
Il faudrait qu'on en parle avec eux. Je ne sais pas. Il faudrait sans doute.
La mort, la mort, la mort.  J'en parle jamais.

Edouard Nemery - Elève de 5e - Reims


©Anne Mulpas-2012



Pour la mort, pour ton projet, oui, j'en pense quelque chose. Si je meurs, j'm'en fiche un peu. Y a rien après. Si on me donne le choix, par contre, je veux bien vivre longtemps. J'espère.
La mort, au début, j'avais super peur. Et puis je me suis réveillé un matin et j'me suis dit : "Ben oui, au fait, c'est pas la peine." Pas la peine d'avoir peur. Pour moi, la mort, c'était apparenté à la souffrance. On meurt, on souffre. Ceux qui vivent souffrent aussi. Ma grand-mère a souffert beaucoup à la mort de sa soeur. Je me souviens, quand ma grand-tante est morte, on allait voir son mari. Je me demandais où elle était et puis je me disais : "Ah oui, c'est vrai. Elle n'est plus là."
C'est là que je me suis rendu compte que j'avais peur, qu'on pouvait mourir partout, n'importe quand. Un poteau, un chien enragé... La peur arrivait, elle aussi, n'importe quand. Surtout après avoir traversé la route. J'avais une boule dans la gorge qui prenait beaucoup de place. Dans la maison de Sept Sceaux, j'avais peur aussi de m'endormir. J'avais l'impression qu'il y avait quelqu'un sous le lit. Je ne pouvais pas dormir sur le dos, ni sur le ventre. J'avais peur de recevoir des coups de couteaux. Maintenant, c'est bien : y a pas de place sous mon lit ! Je ne risque rien. Tout ça, c'est parti.
Avec la boule, les mots sortaient moins bien, forcément. Et puis, c'est parti. La boule est partie. Je ne suis pas fier, juste content.
Je crois qu'on est plus fort après ça.
Les morts, ce sont des tableaux. Chez ma grand-mère, mon tonton est partout, même dans ma chambre. Sa maison a beaucoup changé, mais les tableaux sont toujours là. Ils ne bougent jamais. C'est comme pour mon tonton, il ne peut plus bouger, mais il est toujours là.
La vie, c'est un coup de sang, je veux dire, un coup de chance. Mon père et ma mère par exemple. Mon père est parti quelques mois après ma naissance. A quelques mois près, j'étais pas là.
Pour la vie, je prends la couleur orange. C'est une couleur vivante. Oui. Orange. Je ne prête aucune attention aux couleurs primaires. Dans la vie, les adultes, ils essaient de faire au mieux. Si je les notais ? Voyons... Je leur mettrai 13,71/20.
J'aime bien ma vie. Mes jouets, mon petit frère.
Le collège ? C'est pas la vie. Y a pas la vie au collège. C'est fermé, même si c'est lié. Dans la salle, t'es protégé mais pas dans la cour. Dans la cour, t'as les insultes, les plus forts. Les insultes, c'est gratuit, c'est pour renforcer sa puissance. Ça remplace le coup de poing. T'as des groupes et c'est un peu comme le Roi et ses paysans. Moi, ça va. Je suis avec Simon et Raphaël. Ça va. On est tous les trois.
Plus tard ?
Plus tard, ce sera peut-être la physique, la chimie. Mais pas prof. J'ai pas envie d'apprendre aux autres, je veux apprendre pour moi-même. Je veux chercher et découvrir.
On peut s'arrêter là.
Oui, j'attendrai, pas de problème. Je suis sûr que ce sera très bien.